Les valses des cartons
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LES valses des cartons ?
Nous ne partons pourtant que pour un seul poste, mais pourquoi faire simple quand on vit déjà dans l’originalité.
Ce premier départ en poste est pour nous aussi une première : nous allons emménager ensemble. Laurent vit à Bruxelles, moi en province de Liège. Et notre adulescent lui, restera vivre ici en Belgique. 3 déménagements donc. A peu de choses près.
Nous avons donc d’abord préparer un déménagement de Bruxelles à Esneux. Les affaires de Laurent. Une journée entière à trier, à compter, à emballer… Les semaines précédentes ayant été déjà fort remplies par la fin d’année de stage diplomatique et moi travaillant à Esneux. Difficile de préparer plus en amont. En général les diplomates connaissent leur futur poste dans les 5 ou 6 mois précédent leur départ. Dans notre cas cette année, nous avons eu royalement 3 mois. En temps normal cela suffit peut-être. Ici clairement, nous en avons bien souffert. Mais bon, l’organisation viendra avec l’habitude j’imagine. J’espère. Bref. Location de camion, allers-retours, une poignée de déménageurs pour nous aider à Bruxelles et mon premier lift. Une journée à suer, à courir, à s’émerveiller de cette formidable invention qui épargne les escaliers aux divers cartons, les derniers placards dans lesquels se planquent encore 1000 surprises. Et puis reclasser et réussir à caser tous les nouveaux cartons dans le petit appartement d’Esneux où mes propres cartons commencent déjà à s’empiler.
Quelques semaines plus tard, le 12 juin, voici venu le « vrai » déménagement. Celui qui entame notre départ. La valse des déménageurs dans mon nid, les emballages, les « oui ça part, non pas ça » Et les choix de qui va où et comment. La société de déménagement a été indiquée par le département. Nous avons un cubage autorisé, à nous de rentrer dedans. Protips : au départ en direction d’un poste dit « hardship », les cubages sont un poil plus importants (et un garde meuble inclus également) Et ces cubages supplémentaires nous suivront par après.
Le chat et les affaires qui ne partent pas sont pour la plupart confinées dans la chambre de Joseph. Une journée qui n’en finit pas, des gars exténués. 9h30-21h30. La culpabilité de ne rien faire et de regarder les autres s’agiter se couple au soulagement : je ne suis responsable de rien, si ce n’est des directions. Et ce soir, je dormirais pendant que les camions seront sur la route.
LES directions ?
Oui. Nous avons un garde meuble pour ce qui ne voyagera pas avec nous. Un envoi par conteneur, qui prendra la mer puis la route, sur un périple de quelques 5 mois. Et enfin un envoi par avion qui devrait prendre un mois. Normalement.
C’est un poste particulier à bien des égards, ce qui explique ces différentes « directions ». Mais que mettre où ? A ce sujet je pense que l’on saura mieux répondre une fois sur place. Lorsque l’on se rendra compte que la boîte à pharmacie aurait mérité d’être relistée, voir de rejoindre les bagages que l’on emmène avec nous. Que les matelas sont en effet une priorité, à condition d’avoir au moment de les recevoir, une chambre où les installer. Que les vêtements d’hiver c’était peut-être un peu too much de les faire venir rapidement (à ce sujet, je ne suis même pas sûre de quels vêtements sont où présentement) On emmène toujours trop. Jusqu’au moment où l’on se rend compte que l’on a oublié le principal.
Cela fait des mois que je bosse avec Laurent sur l’inventaire de nos biens. J’en ai oublié plein je suis sûre. Le jour du déménagement j’en ajoute encore. Je ne l’enverrais d’ailleurs pour l’assurance que plusieurs jours plus tard. Avec encore cette sensation d’en avoir oublié tant et mis tellement aussi en trop. Et je vois à la fin de la journée, le compte des cartons, j’en prend des sueurs, alors qu’on a tellement laissé derrière nous quand même déjà.
Nous ne partons que pour quelques années, oui mais, on va vivre quand même pendant ces années. Alors quoi ? Ma collection de Terry Pratchett, je ne vais pas la relire dans 6 mois d’accord… Mais quoi ? Elle m’est précieuse cette collection ? La voir chaque jour me fera sans doutes du bien. Enfin je crois. Mérite-t’elle de rester dans un garde meuble en attendant notre hypothétique retour. Retour pour combien de temps d’ailleurs ? Ma vie elle est aujourd’hui, pas demain, pas à notre retraite… et en même temps ça fait tellement à déplacer encore et encore… Je ne sais pas de quoi sera fait notre prochain déménagement. Il sera plus reposant et plus simple sans doutes (de tout avoir à un seul endroit, rien que ça, ça me met en joie…) Mais aussi tellement nouveau. Encore.
Aujourd’hui j’erre dans un appartement quasi vide, dans lequel s’égarent quelques objets. A peine assez de couverts pour pouvoir enchaîner deux repas, un ouvre bouteille pour toutes celles qu’on n’a pas su envoyer en poste (l’import d’alcool est interdit au Pakistan) mais pas suffisamment de verres pour les partager (c’est le moment de m’inviter amis belges !) Et une chambre d’ado encore pleine de trésors que l’on doit encore trier et déménager avant la mi-juillet pour sa future chambre d’étudiant.
Laurent est déjà parti en poste. J’assure les derniers réglages, les dernières paperasses (dont on aura de toutes façons loupé la moitié à coup sûr) et la préparation de la fin d’année de Joseph. Et puis tous les restants, déchets de meubles qui n’ont pas su résister à un énième démontage, les objets en double qui ne sont pas partis. Je donne, je recycle, je vends, j’amène au Recypark… C’est un départ bien particulier oui, à bien des égards encore.
Je rejoindrais Laurent dans un peu moins d’un mois. Je vis entre presque plus ici et déjà un peu là-bas.
Et nos affaires patientent pour partir bientôt aussi.


