Paan, Naan, Pani

Nous arrivons ce soir là, dans une grande et belle maison. Nos hôtes nous couvrent de bienveillance, on retrouve quelques têtes connues, d’autres avec qui on échange un vague « mais on se connaît non ? » sans savoir remettre le doigt sur le d’où ni le quand, et avec qui l’on refait alors connaissance en en plaisantant. Il y a là, moitié européens, moitié pakistanais ; une délicatesse de nos hôtes je crois pour les plus « jeunes » des européens (aka nouvellement arrivés, depuis en gros moins de 6 mois et qui tentent encore de s’habituer au pays et de creuser leur propre nid dans leur réseau) tout en leur permettant d’assurer un début de réseautage local. Car oui, on se retrouve pour échanger, pour manger, découvrir, partager, mais cela reste aussi du boulot et tout contact est bon à prendre (cela reste vrai à chaque instant. J’ai d’ailleurs toujours avec moi quelques cartes de visites de l’époux diplomate en poche, sait-on jamais, au détour d’un cours de pilates – oui c’est une autre des nouveautés dans cette « ma nouvelle vie sur cette étrange planète qu’est la vie d’expat en tant que femme de diplomate » – ou d’un achat d’un casier de pommes…on ne sait jamais sur qui on va tomber et les échanges qui vont en découler)
La soirée se poursuit par le repas. Ici, comme souvent, servi sous forme de buffet ; je ne crois pas avoir été assise plus d’une fois autour d’une table (exceptée la nôtre, à deux sur une table faite pour 12…) pour un souper* depuis notre arrivée et ce malgré nos multiples sorties en soirée chez les uns et les autres. C’est de fait plus généralement réservé aux réceptions en petits comités et très souvent over-codifié… de ce que je pense comprendre sans jamais en avoir vraiment appris beaucoup plus à ce sujet. Notre hôtesse aura passé une bonne partie de la journée aux fourneaux, pour un résultat délicieux (et sans épices camouflés tentant de vous suicider la gorge au détour d’une bouchée innocente) et varié (to-do list en retard : lui demander ses recettes et le nom de ses plats)
Nous visitons les salons. Omar nous parle des différentes œuvres d’art qui les occupent. Chacune racontant une histoire. Et lui les siennes. C’est un bon orateur et il aime à faire découvrir son pays et son histoire. Parmi les invités, une femme arrive, toute de doré vêtue. Elle a des manière graciles et une sorte de timidité enfantine. Après le repas, elle captera cependant l’espace et l’attention de tous à l’aide d’un micro et d’une petite enceinte en nous emmenant sur les rivages de quelques chansons pakistanaises. Les notes se perdent mais le souvenir des histoires contées dans ces mélodies reste et il est doux à se rappeler.
Avant cela, en entrant dans un des salons, je vois Omar présenter une jolie boîte en argent (j’ai un faible pour les boîtes. Et les paniers. Oui. Et la ville en regorge. Au grand désespoir de mon Diplomate) Il l’ouvre, l’atmosphère s’emplie de notes d’épices fraiches, d’une mélodie de saveurs vertes, orangées, mentholées quelques peu aussi. Tout en m’expliquant chaque ingrédient, il s’empare d’une feuille « Paan » (feuille de bétel) qu’il garni joyeusement pour ensuite la replier un peu à la façon d’un onigiri. Il finit par me tendre le petit paquet d’épices avec un grand sourire « Chew it now ! You can even eat it, it’s perfect for eeeeeverything trust me ! » (« Mâches le maintenant ! Tu peux même le manger, c’est bon pour tout tu peux me croire ! »)
Malgré quelques appréhensions, sous le regard amusé de quelques pakistanaises qui m’encourageaient tout en rigolant gentiment, j’ai sauté le pas. C’est, hum…intéressant je dirais. Très frais (« on sent bien la cardamone dites »… »et la girofle »… »et…oh mes dieux, on sent tellement de trucs en fait ! ») ça m’a rappelé une époque où ma cuisine regorgeait d’épices inconnues, et dans lesquels j’adorais piocher, sans raison nécessaire, de la cardamone justement. Je croquais dedans à la fin du repas, cela me donnait l’impression d’un rituel, comme un signal de « aller, zou, fini de manger ». Je ne me doutais pas des propriétés de ladite épice en ce temps là, juste je trouvais ça bon et original. Bref, à défaut de nettoyer le palais, l’estomac lui fini rincé. J’ai vaillamment fini mon paan, je ne sais si l’on m’y reprendra cependant. Fiers d’avoir testé (Laurent aussi s’y est goûté un peu plus tard. Intéressant n’est cependant pas nécessairement le mot qu’il aurait choisi lui), ce n’est cependant pas un « reviens-y » d’office.
*mes racines françaises excuseront cette belgitude, je travaille à fond mon intégration voyez-vous (oui pour nos amis français, l’dîner chez « nous » c’est l’souper)

