La Plume du Diplomate
DiploTipsLe quotidien

Devenir jongleurs linguistiques

Je ne vous apprends rien, la vie diplomatique est tournée vers le monde. Dans sa totalité. Et la communication est une clé principale de ce métier (captain obvious au rapport, pour vous servir)
Mais comment communiquer quand on n’a pas tous la même langue ? Au quotidien Google translate est un allié certain (même si il pêche souvent et manque de subtilité), deeple est aussi un super outil. Les bons vieux guides et dictionnaires de langues ont également toute leur place dans les bibliothèques de vos diplomates adorés. Mais avouons le, tout ça, ça ne fait pas très pro en plein milieu d’une conversation.

La majeure partie des diplomates aujourd’hui, pour ce qui est de mon expérience s’entend, parlent à minima l’anglais ; qui après le français, est devenu « la Langue Diplomatique ». Sachoyez-le (pour qui souhaiterait m’apprendre le français correct, je vous arrête de suite : j’écris comme je parle, et parfois je parle « mal », utilisant expressions et déformations comme autant d’emphases aussi peu françaises soient elles. Savoir jongler c’est aussi savoir s’adapter. Ici je m’adapte à moi-même, savourant mon propre espace. « Deal with it » ) Sachoyez-le donc, le diplomate belge se doit dès le départ de parler quasi couramment au moins 3 langues : l’anglais, le français et le néerlandais. Ceux qui me connaissent m’entendent déjà m’offusquer « quid de la 3e langue officielle de la Belgique ?! Mais pourquoi donc pas l’allemand également ? » Je n’ai pas de réponse officielle. Mais 3 langues c’est déjà pas si pire si vous voulez mon avis (et bien au-delà de ce qui est parfois exiger chez d’autres collègues étrangers).

Et comme avec mon époux on est plutôt joueurs, on s’est dit « pourquoi pas une langue supplémentaire hey ? »
Nous voilà donc, après 2 ans de duolingo quasi intensifs (on s’y était pris un peu à l’avance, sans savoir où l’on partait ni vraiment pourquoi), assidus élèves de T., Bengalie hispanophone (elle a notamment vécu plusieurs années en Argentine), mariée à un Pakistanais et prof d’espagnol (vous l’aurez compris, nous avons choisi le finnois donc). 1h30 de cours par semaine, quand nos emplois du temps respectifs (entre congés et réceptions/meetings divers) nous le permettent, des cahiers d’exercices et livres en espagnol (le finnois c’était une blague hein) avec comme objectif pour notre Diplomate, d’obtenir un niveau suffisant pour pouvoir ajouter une langue officiellement à son arc linguistique (ça fait des primes en plus quand on sait parler avec plus de gens, malin le lynx) De mon côté, c’est juste le plaisir de jongler avec de nouveaux mots et concepts et surtout pouvoir papoter avec nos amis espagnols (deux d’entres eux viennent de quitter le Pakistan pour un pays d’Afrique Australe et je n’aurais jamais cru que des personnes rencontrées aussi peu de temps auparavant puissent me manquer à ce point. Pour leur accueil si généreux, leur énergie communicative et ces sourires grands comme le monde, rien que cela, je leur dois bien de poursuivre mon apprentissage de l’espagnol oui <3) Et puis c’est aussi une façon de soutenir mon Diplomate, ses journées sont déjà bien chargées, j’essaye de l’aider à porter au moins ce poids en plus en participant et souffrant avec lui sur nos exercices communs. Et aussi, ça le réconforte sans doutes de voir mes yeux briller d’admiration quand lui arrive à mettre en pratique nos leçons en tentant quelques échanges en espagnol avec ses collègues étrangers cependant que moi je bataille toujours et patauge allègrement.

La patauge linguistique ça me connait d’ailleurs. Après un peu plus d’un an à vivre au Pakistan et à échanger essentiellement en anglais, j’en arrive à rêver en anglais, faire mes listes de courses ou tâches à faire dans un savant mélange franco-anglish, à réfléchir en conceptions anglaises : constructions de phrases ou juste remplacer des mots français par leur équivalent plus subtil en anglais parce que l’idée que je souhaite faire passer est justement plus marquée dans la langue anglaise à ce moment-là dans mon cerveau, … J’en vient à penser l’espagnol depuis l’anglais plutôt que du français (mes cahiers sont parsemés de traductions tantôt anglaises, tantôt françaises) Je me demande ce que va devenir mon cerveau si jamais on se retrouve un jour dans un pays hispanophone, dans lequel du coup nos conversations switcheront (aller hop, un anglicismofreek) entre anglais et espagnol tout au long de la journée. Peut-être pas de suite (aucun pays ne répond à ce critère pour le moment dans la liste que nous avons envoyée dans l’attente de notre prochaine affectation) mais cela reste à prévoir. Je préviens de suite : pas la peine de nous faire la blague pour le prochain poste, je ne suis assurément pas DU TOUT prête à ça (et encore moins prête pour une énième blague, merci)

Quid de l’Urdu me direz-vous ? Langue officielle du Pakistan, qui se partage le bail avec l’anglais. Comme dit, l’anglais est assez bien compris voir parlé, pour le moins ici à Islamabad et dans les cercles que nous fréquentons majoritairement (avec un taux d’analphabétisation qui pète les plafonds, la langue primaire reste l’urdu, parlé) Nous savions que nous demanderions à changer de poste assez rapidement (aka dès que nous en aurions la possibilité), que nous n’étions là donc que pour 3 ans, voir 2. Et que cette langue ne nous servirait pas dans beaucoup d’autres pays du monde. C’est déjà tout un monde nouveau que nous avons découvert cette année, avec son lot de stress, de pressions et de nouveautés (captain obvious le retour). Souhaitions-nous ajouter une charge de plus avec l’apprentissage de cette langue ? Honnêtement non. Même si apprécions en maîtriser quelques bases, simples et plus ou moins utiles (oui je sais dire « chat » en urdu. Cela me servira-t’il ? Cela m’a t’il déjà sauvé la mise dans une situation délicate ? Assurément non. Mais tu sais dire chat toi en urdu peut-être ? Ah !)

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