Small talk – Do/Don’t
Notre langue d’échanges principale ici en poste, en tous cas à Islamabad, c’est l’anglais. C’est à peu près la seule langue qui arrive réunir tout le monde. Et ce « tout le monde » inclut aussi bien de parfaits anglophones que des dilettantes, voir même de parfaits étrangers à la langue. Alors chacun tente d’y mettre un peu du sien, notamment en échangeant au sein de différents groupes d’entraides en langue. Ifwa fait partie du lot de ceux qui tentent de mettre en place de tels groupes. Ainsi T., anglophone, réuni régulièrement, chez elle ou dans un café, un petit groupe de personnes désireuses d’apprendre ou de pratiquer l’anglais dans un lieu accueillant et chaleureux.
Ni des cours, ni juste de la papote. Ce sont des moments d’échanges permettant de mettre chaque semaine en pratique quelques nouveaux apprentissages autour d’un thème choisi ensemble et qui touche forcément notre quotidien commun. Cela allant de « où trouver de la coriandre et de quoi faire des crêpes » (aucun lien entre les deux. Du moins je l’espère), à « comment demander son chemin /aller d’un point A à un point B ? » (ça paraît simple dit comme ça. Beaucoup moins quand tu es sous un visa diplomatique au Pakistan), en passant par tout ce qui nous passe par la tête au final.
L’un des derniers « café anglais » avait pour thème « Le small talk », aka « c’est quoi que je peux dire/raconter/demander lors d’une première rencontre ou quand un blanc s’insinue dans une conversation ». Il y a notre quotidien commun de partenaires de diplomates, mais aussi nos origines respectives et les différences qui les caractérisent parfois. Origines diverses que l’on va aussi forcément beaucoup croiser dans ledit quotidien de (partenaires de/et) diplomates. Quelques questions peuvent paraître à certains normales, voir anodines, quand pour d’autres c’est un « No Go » absolu (moi qui cherchait à créer un espace de rédaction francophone, je me rends compte de la difficulté de la tâche. Partageant mon quotidien à minima entre l’anglais et le français, je vois combien l’anglais commence à prendre le pas dans mes réflexions quotidiennes. Un « no go » donc…hum…j’en perd mon latin voyez.)
La religion et la politique sont des sujets très présents par exemple au sein des discussions avec les Pakistanais. Un sujet toujours sensible quelque soit l’endroit du monde où l’on se trouve, mais la religion par exemple, permet ici aux interlocuteurs de s’identifier ou non au mieux à l’autre. Les chrétiens surtout, posent ici d’office la question à tout occidental qu’ils rencontrent (c’est quasi permanent), pariant sur le fait que les occidentaux sont plus souvent chrétiens que musulmans (ces deux religions sont très présentes à Islamabad, même si les chrétiens sont une minorité, évidemment j’ai envie de dire, le Pakistan étant une République islamique)
Le haut du panier des « questions acceptables lors d’une première rencontre », revient, de partout à : « Et sinon, il fait beau vous ne trouvez pas ? » ou tout autre dérivés liés au temps qu’il fait, fera ou a fait. Là-dessus, le monde entier se retrouve. Plus que le beau temps, à Islamabad c’est la pluie qui occupe une part importante de nos préoccupations communes : rare en hiver, quand elle se pointe c’est toujours un moment de joie intense : enfin l’eau va cesser d’être quasie rationnée, enfin la pollution va tomber et de nouveau, enfin, nous allons pouvoir admirer les montagnes qui bordent la ville.
Plus surprenant me direz-vous, une question qui paraissait dans nos anciennes vies, quasi évidente, devient soudain plus problématique.
Le « que faites-vous ? » (sous-entendu : quel est votre métier ?)
Personnellement je n’ai jamais aimé cette question. Pour beaucoup, notre travail est juste alimentaire, pas vraiment une passion. Et quand bien même il ne défini pas, à mon goût, votre personne en son entier. Mais force est de constater que ladite question permet bien souvent d’ouvrir d’autres champs d’exploration sur la personne qui se trouve en face de nous. Et encore une fois, c’est une question d’apparence facile, un sujet sur lequel tout le monde est censé se retrouver. Sauf rares exceptions dans l’imaginaire collectif, « mais enfin, qui ne travaille ou n’a jamais travaillé ?! »
Et bien ici, à Islamabad particulièrement, le travail des partenaires de Diplomates, c’est bien souvent…être partenaire (de Diplomate). Ce n’est pas tant que c’est ce qu’il convient d’être, ni ce qui nous défini (fort heureusement), mais plutôt le fait que l’accès au travail est souvent compliqué pour nous autres partenaires au Pakistan ; d’autant plus que dans sa grande majorité, ladite communauté de partenaires se trouve être féminine (l’accès au monde du travail étant majoritairement accessible à la population locale et masculine) De fait, la question semblant anodine, peut mettre mal à l’aise nombre d’interlocuteurs ici. Je ne compte plus le nombre de fois où mon interlocuteur a tourné les talons sitôt entendu que je ne travaillais pas. Personnellement cela me soulage plus que cela ne m’ennuie. Si mon travail servait uniquement à me définir pour cette personne, c’est que nous n’avions rien à nous dire en vérité. Mais pour d’autres cela peut être plus gênant à porter. Et je l’entends parfaitement. Chacun a sa façon d’appréhender les choses et le monde. Et ce n’est pas toujours facile d’être sempiternellement rappelé à sa position de « dépendant(e) de M ou Mme Machin », encore moins lorsqu’avant cela on a eu une vie dans laquelle on pouvait répondre fièrement « Je suis ceci ou cela, défini(e) par moi-même, par ma propre occupation, etc » Et puis la question sous-entend aussi bien souvent son pendant : « Et vous ? » Donc en la posant, on laisse entendre que de son côté, on a déjà une réponse, un métier dont on peux parler. « Moi j’ai un métier, mais parlons du vôtre avant cela. Ah comment, vous n’en avez pas ? …/moment de flottement/… » Bref, s’assurer de ne pas mettre mal à l’aise ton interlocuteur, c’est primordial. ça l’était déjà dans « ma précédente vie », ça l’est d’autant plus aujourd’hui. ça aussi, c’est de la diplomatie.
La question de la situation maritale aussi, a sa petite importance dans notre « monde » Autrement plus qu’à l’extérieur du cercle diplomatique j’entends. Cela crée des ponts parfois, de l’importance du réseau tout ça tout ça…les partenaires eux aussi jouent un rôle dans les réseaux diplomatiques, ne l’oublions pas. C’est donc un « ok to ask », reste à savoir poser la question. Encore une fois sans mettre mal à l’aise votre interlocuteur. Simplement demander si vous êtes venu seul ou en famille permet de laisser la question ouverte et ne sous-entend rien de votre situation ni de celle que vous auriez pu imaginer pour votre interlocuteur (dans 10 secondes j’entame l’écriture de mon ouvrage sur les bonnes manières. Nadine sort de ce corps !). Ça aussi c’est important : l’art de savoir poser des questions ouvertes. Il est toujours plus facile d’embrayer sur une conversation quand on ne se cantonne pas aux oui/non.
L’attention aux détails (et la culture générale aidant…sinon il y a de très bonnes applications pour s’y entraîner) vous permettra aussi de déceler l’origine (parfois) de votre interlocuteur. Par détails j’entends Pin’s. De ceux qui ornent les jaquettes de nombre de Diplomates lors des réceptions officielles. Souvent composés de deux drapeaux, l’un du pays hôte, le second du pays d’origine (ou pour le moins de l’ambassade représentée. Les Diplomates travaillant pour l’Union européenne ne nous facilitant de fait pas la tâche) Et paf, un nouveau sujet de conversation facile, yeaaaah
Qu’a t’on trouvé ce jour là aussi, de point commun à tous et de sujet facile ?…La nourriture bien évidemment ! Fiers représentants de la Belgique, avec un peu de France dissimulée dans nos bagages tout de même (désolée, on se refait pas. Quand bien même je finirais par obtenir la nationalité belge, JAMAIS je ne renierais mes origines et encore moins moins le fromage et le vin qui coulent dans mes veines), il est aisé de faire pétiller les yeux : l’évocation du chocolat est toujours un succès. Le fromage a aussi ses adorateurs. Et nous permettons à tout un chacun de sourire sur l’appellation anglaise des frites belges (« french fries », audacieux non ?)
Au fil de mes discussions et rencontres, je mettrais peut-être cette liste (non exhaustive) à jour. C’est tout pour le moment.
