Pas de (you shall not)passe-droit
Retour en arrière, quasi deux ans plus tôt. Nous sommes en juillet, le lendemain de mon arrivée à Islamabad pour enfin rejoindre mon, alors futur, mari déjà sur place depuis un mois.
Pour mes premiers pas en terrains diplomatiques, il souhaite m’emmener dans l’un des clubs privé tenu par une des ambassades au sein de l’enclave diplomatique d’Islamabad. C’est LE club (en même temps il n’y en pas 36 en ville…) et c’est un de ses contacts qui l’a invité. Parce que oui, on n’y entre pas sans y avoir été invité.
L’invitation était adressée à Laurent, qui jusque là je le rappelle, vivait seul à Islamabad. Il avait donc pris soin de répondre à l’invitation de son ami en lui demandant si c’était correct si je me joignais à lui étant donné que j’arriverais juste la veille. Les +1 (époux/se, partenaires) sont légions dans la communauté diplomatique à Islamabad et il est ici d’usage qu’ils soient conviés à quasi tous les évènements. Cela fait partie de la culture je crois, c’est aussi plus simple dans un pays où le service et la main d’œuvre coûtent si peu, qu’une personne en plus sur la liste d’invitation ne fait bien souvent pas la différence. Le manque d’offres en matière de distractions joue également un rôle dans cette culture je pense. Bref, cela n’aurait pas dû poser soucis et en l’absence de réponse à cette requête, nous avons pensé que « qui ne dit mot consent » (quel aberration cet adage soit dit en passant), d’autant plus dans un contexte de soirée « non officielle », se déroulant dans un club quasi exclusivement fréquenté par la population diplomatique « locale ».
Nous voilà parés le jour J, suivant le gps quelque peu paumé au milieu des avenues de l’enclave diplomatique que nous peinons encore à connaître et reconnaître. Arrivés sur un parking composé d’herbes folles, de talus et habité par une famille de sangliers (pris dans nos phares, aucun affolement de leur part. Ils vivent ici tranquillement et sans grande crainte de l’homme qui ne lui est pas ici un prédateur – cochon en pays musulman, il est plutôt tranquilou bilou l’animal de fait) Nous entendons la musique par delà les hauts murs et barbelés qui entourent le club et rejoignons l’entrée.
Coup d’œil sur la liste à l’entrée, devant le regard des gardes un peu las. Mon nom n’y apparaît pas. Qu’à cela ne tienne, Laurent y figure, je suis sa partenaire (traduisez ici par « son épouse » pour simplifier les choses devant les gardes pakistanais) et son ami avait été informé de ma présence. Ça devrait le faire non ?
En fait non.
Nous sommes sommés d’appeler l’ami en question. Les appels restent sans réponse, ce que nous signalons au garde. Réponse d’icelui « oui forcément, il vient de partir en mission à l’étranger, il ne risque pas de vous répondre » Ah. De l’utilité de nous avoir demandé de l’appeler alors ?
Plusieurs minutes de tractations plus tard, n’étant même pas encore en possession de ma carte d’identité diplomatique pakistanaise, force est de constater que l’entrée ne me sera pas accordée.
Ma toute première sortie en milieu diplomatique se solde donc par un échec ; quelque peu humiliant si l’on oublie d’en rire. Le rire étant mon armure, l’affront est vite oublié et l’ami deviendra même un quasi proche au fil du temps qui s’écoulera par la suite.
Comme un parfum de revanche …
2 ans plus tard, quasiment jour pour jour, quelle fût à votre avis l’une de mes dernières sorties à Islamabad ? Et oui, LE club. J’y mettais alors les pieds pour la première (et seule) fois. Invitée par l’Ambassadeur himself et son épouse, dont l’Ambassade gère ledit club.
Accompagnée évidemment de mon époux, dont j’ai pris soin de faire ajouter le nom sur la liste.
