Les soirées de l’ambassade(ur) ne sont pas toujours un succès
« La vie sociale au Pakistan tu sais, c’est pas la grosse éclate… »
On m’avait prévenu avant d’arriver, même si les diplomates et la communauté expat sont ici plutôt liées et soudés, « tu verras y’a pas grand chose à faire »… Ah ?
Après seulement deux semaines sur place et dans les baskets de ma nouvelle carrière de Femme de Diplomate, j’avais pourtant déjà assisté à plus de garden party (qui culminaient il est vrai avant cela à 0) et de dîners avec et chez des gens quasis inconnus l’instant d’avant. Ma vie sociale de petit animal casanier a déjà explosé tous ses compteurs.
Qu’on ne s’y méprenne pas, c’était à chaque fois de belles découvertes et des moments forts sympathiques. « Petit animal casanier » mais qui sait et apprécie sociabiliser.
J’ai ainsi découvert les maisons de collègues diplomates, échangé avec d’autres partenaires, partagé nos déboires de camping dans des maisons pourtant immenses et compris que nous n’étions pas seuls à galérer parfois avec juste une casserole et un matelas gonflable.
Donc si, en soit, la vie sociale existe. Elle est juste différente et très expato-centrée. Je reste persuadée que cela reste cependant à creuser.
Et puis s’en vient une invitation. À vrai dire, l’invitation en question avait été reçue par devant mon arrivée, mais pour une soirée se déroulant après celle-ci. Est-ce ce qui a conduit à un possible emmêlage de pinceaux, nous ne le saurons pas vraiment, mais bref. Posons le tableau et tentons d’arranger nos propres pinceaux pour décrire cette soirée…
Welcome to the summer jungle, dress code en conséquence (à vrai dire nos dressing ne débordent pas franchement pour le moment – nous attendons toujours l’arrivée de nos cartons- donc on improvise sur les dress code chaque fois tant bien que mal. Ici une robe d’été pour moi et une chemise à fleurs pour Laurent ) et adresse on ne peut plus claire façon « rue machin-chouette », that’ it … Ladite rue s’étalant sur plusieurs centaines de mètres.
Les rares bâtiments alentours n’offrant aucune indications, les gardes en poste devant lesdits bâtiments de même, ou alors seulement en Urdu. Le tout dans la nuit, et sans beaucoup d’éclairages parce que sinon…bah sinon c’est moins drôle en fait.
On tourne en rond, on cherche. GoogleMap n’aide pas vraiment « Vous êtes arrivés… ici aussi… ou peut être là… Bref, c’est pas loin continuez ». Il s’agit pourtant DU club du coin. À Islamabad ils sont pas vraiment légion. Autant dire même inexistant. Ce quasi seul bastion est très prisé des expats. Situé dans l’enclave diplomatique et fonctionnant sur un principe strict de listes d’invités, les expat y retrouvent un petit monde qu’ils connaissent, avec leurs propres codes et notamment…de l’alcool. On s’était dit « easy peasy qu’on va le trouver leur club B) » Force est de constater que … nope. Après être passés quatre fois devant l’ambassade des Emirats Arabes Unis sous l’œil de plus en plus suspicieux de la garde locale armée malgré notre plaque diplomatique, nous sommes finalement arrivé devant quelques palmiers fancy et une petite file de guest tout aussi fancy patientant devant un double portique de sécurité pour les « Ladies » et les « Men ».
Yeepa !
Haro sur le parking, garni de voitures plus grandes et luxueuses les unes que les autres, toutes savamment garées entre diverses touffes d’herbes hautes et sèches…un champ, c’est ça. Un espèce de champs vallonné et non éclairé. Rempli de bagnoles diverses, garées à la va comme je te pousse dans un semblant d’alignement. Seuls nos phares nous guident, avec les gestes frénétiques des valets du « parking » qui, même si on les comprenaient, nous seraient totalement invisibles de par l’obscurité alentour et surtout….surtout par le fait que nos yeux sont à ce moment là totalement accaparés par une vision improbable… Sortant d’une des multiples touffes d’herbes, viennent déambuler nonchalamment devant nos feux, … une petite horde de cochons sauvages. La vie nocturne d’Islamabad dans toute sa splendeur : décalée, nature, nonchalante.
Pas très rassurés, nous sortons finalement de la voiture et nous dirigeons vers l’entrée, ses palmiers, et ses multiples gardes. Laurent est bien sur la liste d’invités, sa demande de m’y faire ajouter ayant été faite il y a déjà quelques semaines, ne doutant pas de l’agenda fort chargé de la personne qui gérait ladite liste, son absence de réponse ne nous avait pas plus inquiétés que cela. Bingo. Cela aurait dû. Je n’ai pas l’autorisation de pénétrer l’enclos. Cependant que devant nous des « invités » non grata font des pieds et des mains pour entrer et finissent par y parvenir, nous ne désespérons pas. Mon diplomate demande à parler au responsable, il ne peut s’agir que d’une erreur non ? Réponse d’un des gardes « vous n’avez qu’à l’appeler » Nous nous y attelons. Et restons sans réponses. Nous en informons le même garde. « Ce n’est pas étonnant en même temps, il est parti à l’étranger cette semaine » On tourne en rond, nous regardons des personnes donc listées comme indésirables rentrer dans ce club « select » cependant que nous restons sur le palier. Faisant fi de cette humiliation, nous rentrons manger à la maison, ouvrant une bouteille de vin en notre honneur. Nous avons vaincu une horde cochons sauvages, nous ne gouterons pas ce soir aux « joies DU club d’Islamabad » mais ne restons pas sur notre faim pour autant. C’est une belle occasion de râler, mais aussi de prouver un petit peu alentours que non, les diplomates ne sont pas que des privilégiés.
…(et de toutes façons je suis sûre qu’il n’y avait pas un seul Ferrero à se mettre sous la dent à leur petite sauterie)…

