Plaisir de recevoir (« la bataille du siège auto »)
Avant de connaître notre premier poste, on avait plein d’amis.
Aujourd’hui on en a encore tout plein, évidemment. Ils ne sont pas partis ; eux.
Par contre on avait surtout plein d’amis qui nous disait « rhalala, trop hâte de connaître votre première destination. C’est excitant, j’imagine même pas pour vous olala lala. On viendra vous voir c’est clair, c’est trop génial. On vous ramènera un peu de Belgique et puis on fera du tourisme et tout. Han, nan vraiment trop hâte »
Une pluie de sirènes, à peu près toutes identiques. « On viendra vous voir c’est clair »
Et puis vint l’annonce.
Déjà pas évidente à digérer pour nous (même si beaucoup de choses font partie du jeu, il y a eu un cumul qui finit par peser sur l’estomac) On a pris le temps de processer, puis de partager. Les réactions sont devenues moins enthousiastes, moins prolifiques. Je passe sur les « mais vous allez mourir c’est affreux ! », signant d’un non définitif l’éventualité de voir ces gens débarquer un jour au Pakistan (c’est dommage, l’ouverture d’esprit ça se travaille et ça passe aussi par là. La découverte, tout ça tout ça) Beaucoup de voix ont préférés se taire.
D’autres ont tenté quand même de jeter un œil à ladite éventualité. Vite rattrapés malheureusement par beaucoup de considérations (autre que « oui enfin ça fait quand même moins rêver que la Thaïlande hein ! » T’avais promis de venir Ginette, t’avais pas mis de conditions sur le lieu, oufti dis.) Entre autres considérations, la principale étant financière. Beh oui, le Pakistan c’est pas encore un pays super super touristique (ils y travaillent, j’espère sincèrement que tu verras ça un jour les gens. Le Pakistan regorge de beautés et d’histoire-s qui méritent d’être mises en lumière, vraiment), du coup les vols commerciaux sont pas forcément super nombreux, la demande allant de pair et les prix des billets pas tout à fait abordables pour ce que l’on s’imagine de cette partie du monde (si je ne dis pas de bêtise, on n’est pas loin du double pour le prix d’un billet vers Islamabad comparé à un vol vers Dehli en Inde, sa voisine)
Les conditions climatiques n’aident pas non plus. Le Pakistan détient le record de la ville la plus polluée du monde avec Lahore. Islamabad lui courre derrière. Actuellement, et ce depuis plusieurs semaines déjà, nous naviguons entre 30 et 40° en journée (venez au printemps ou à l’automne qu’on vous dit :p)
Mon fils est venu ce noël (avait-il seulement le choix me direz-vous… Alors oui. Et non. Il aurait pu dire non. Mais il a dit oui. Parce qu’il aime sa mère et bo-papa énormément et que de toutes façons on lui avait déjà réservé ses billets. Ah mais)
D’autres ont sauté le pas, ce mois de mai. Arrivant les bras chargés de tendresses (et les valises pleines de fromage et de chocolat) pile le jour de l’anniversaire de notre diplomate préféré. Si ça c’est pas du cadeau ! Nos amis Tor et Ana, et leur petit Alyo de deux ans sous le bras, nous ont fait l’immense joie de venir partager une belle semaine en terre pakistanaise. On en parlait depuis des mois, on a eu peur quelque fois, qu’ils ne viennent finalement pas (la sécurité étant le point de discussion le plus important. Aussi sanitairement parlant, voyageant avec un petit c’est un point non négligeable) On a préparé tant bien que mal, d’un côté comme de l’autre. Et puis le grand jour est arrivé.
Mais avant ça oui, il a fallu un peu préparé le terrain.
Savoir comment occuper les adultes, quoi leur faire découvrir sans pour autant les accabler de trop de choses. Qu’ils puissent profiter sans repartir de là sur les rotules. Et puis comment accueillir un enfant (si tu suis bien, le mien a déjà bientôt 19 ans) : trouver un lit adapté, une babysitter et …un siège auto pour les trajets divers.
On a ici une super communauté. Les diplomates et expats divers ont su créer un noyau assez soudé, souvent réuni autour de différents groupes whatsapp (LE réseau de discussion et d’échange privilégié par tous ici) Je ne l’explique pas vraiment, peut-être est-ce dû à la difficulté du poste, aux activités peu nombreuses et à la taille réduite de ladite communauté (comparé à New York, il y a peu d’anonymes ici), quoiqu’il en soit c’est un réseau chaleureux et efficace.
Plusieurs couples d’amis et collègues sont ici avec de très jeunes enfants, nous nous sommes donc tournés vers eux pour voir si il était possible d’emprunter l’un ou l’autre de leurs sièges autos ou lit bébé d’appoint. En une soirée c’était bouclé. On avait même récupéré le chauffeur de l’un d’eux pour nos excursions tous ensemble (une visite de Lahore et la frontière avec l’Inde notamment)
Une semaine avant l’arrivée de nos belges, je faisais récupérer le siège auto par notre chauffeur (les collègues qui nous le prêtaient étant en vacances à l’étranger à ce moment là et ne l’utilisant donc pas). J’ai donc vu arriver à la maison…un siège coque, dos à la route. Je me suis d’abord interrogé, mais après tout, nous avions bien spécifié l’âge du bambin qui allait nous rejoindre, donc nos collègues devaient savoir que le siège serait adapté pour un tel âge.
Je me suis bagarré pendant 20 minutes (et il faisait chaud déjà) dans la voiture avec le siège coque, me demandant comment un machin de 2 ans pourrait tenir là-dedans et surtout… comment attacher cette maudite chose ! J’ai finit par abandonner l’idée d’essayer de le mettre face à la route, comprenant que ce siège-ci n’incluait pas une telle configuration. Bon, mais alors, dos à la route, ok…mais il les range où ses guiboles le machin de 2 ans ?! Encore une fois, si nos collègues nous l’ont prêté, c’est bien que cela devait être adapté. 20 minutes encore de bataille dans la voiture. Et de toutes façons, une fois installé (enfin!) je reçois un message de nos amis pour me dire que le bambin voyage face à la route.
Ah.
Ah ?
Ah oui non mais vraiment, de toutes façons, il aurait fallu le plier pour qu’il rentre dedans c’est pas possible en fait non…
A force de batailles siège-coquesques et de messages en tous genres pour s’assurer que vraiment non, ça marchera pas cette affaire, nous voilà à deux jours de leur arrivée et…pas de siège auto.
Agitation et appels à l’aide, on remet en route le réseau. Rien. Pendant 24h, aucune réponse. Puis d’un coup, on me propose d’en acheter 3, plus un pas adapté. Et puis on me donne des adresses pour en trouver en magasin. Ah oui, entre temps on avait fait les agences de location de voitures, voir si on ne pouvait pas juste louer un siège auto. Nope. Me voyant me débattre, appeler de partout, notre cuisinier fini par venir me demander ce que je cherche. En 2 coups de fils, il nous trouvait un siège. En prêt. Chez des parents dont les enfants n’utilisent plus depuis longtemps de siège auto. Mais adapté pour un bambin de deux ans. Youhouhouuuuu !
Sitôt récupérer ledit siège, on m’en proposait de nouveau 2 autres. Dont un dont l’enfant n’a pas vraiment l’utilité parce que bon « tu sais en fait, pour nous c’est plus simple de le prendre sur les genoux en voiture » Ah oui, mais non en fait non, c’est bon on en a un en fait.
Bref. 20 minutes de bataille encore…non plus même. On a fini à deux, en nage, sans vraiment comprendre au final comment on avait réussi. Le siège est tellement vieux que le mode d’emploi n’existe plus, l’autocollant explicatif (de toutes façons sans doutes en urdu) s’est décollé et la marque a disparue (si elle n’a jamais existé)
Au moins maintenant on est parés, on sait réceptionner des bébés et des plus grands même. A vos passeports !

