A la table des diplomates
Fun fact diplo :
A quoi reconnaît-on un Diplomate lorsqu’il se met à table ?
Sitôt assis, sa première action sera de poser sa serviette sur ses genoux.
C’est une occasion quasie unique à bien égard. Nous revenons d’un dîner assis avec un grand diplomate, qui bien que retraité continue à accepter différentes missions de par le monde, faisant profiter de son incroyable expérience et expertise ses différents collègues et nos institutions.
Unique de par cette présence, ces partages et échanges que nous avons pu avoir. Encore toute jeune dans les souliers de femme de Diplomate, je mesure chaque fois la chance que j’ai à côtoyer ces personnalités aux parcours et vies passionnantes. Car oui, même après un an, et même aussi si je me rends dorénavant aux réceptions et événements professionnels sans plus de stress ; même si je n’ai plus besoin de plusieurs heures pour me préparer tout en demandant sans cesse si j’entre dans le dress code, si je ne fais pas d’impair ; si je suis suffisamment mais pas trop quand même apprêtée, …même si… mes souliers n’ont pas changés. Je reste toute neuve dans cette « carrière » et j’ai encore tellement à apprendre. Mais bref.
À bien des égards aussi mais pourquoi ?
Parce qu’il s’agissait pour moi de mon premier dîner chez notre nouvel Ambassadeur. Le précédent ayant été affecté à un nouveau poste au début de l’été, lui et son épouse ont laissé place à un vent nouveau sur la Résidence de l’Ambassade du Royaume de Belgique au Pakistan. Après plusieurs années, celle-ci redécouvre la danse d’un trio de jeunes enfants notamment. Il lui faut apprendre de nouveaux rythmes, de nouvelles règles, comme elle le fait à chaque nouvelle arrivée. Et nous de même ; devons découvrir, apprendre et faire connaissance. Et c’est un vrai bonheur je l’avoue.
Entre autres nombreux points communs tels que nos âges et nos mixages de nationalités (l’épouse d’icelui est en effet française comme moi. 3 diplomates en place dans l’Ambassade belge au Pakistan, et 3 épouses françaises. Ce n’est plus une invasion, nous visons carrément une annexion !), nous partageons un amour de la bonne et belle table.
Et force est de constater ici, à Islamabad, que la culture est plus aux buffets qu’aux dîners assis. Même en petit comité il n’est pas rare de se voir offrir à souper une table richement garnie de mille et uns plats, introduits par une pile d’assiettes. Chaque convive venant se servir et tentant ensuite de se trouver une place, qui dans un sofa, qui sur un mange-debout parfois, une chaise ou juste un coin qui ne soit pas dans le chemin. Cela permet de choisir ses plats et quantités, de délaisser discrètement une assiette trop épicée ou emplie, et de mixer les foules dans une réinterprétation des chaises musicales et dînatoires. Cependant manger sur ses genoux ou tenter de jongler avec fourchette et cuillère (le couteau est rare ici, aux buffets comme ailleurs) tout en restant debout, sans perdre de vue non plus son verre et ne rien renverser sur son interlocuteur, fini par relever d’une discipline quasi olympique. D’aucun je le sais, ont pris le parti dorénavant de manger avant ces réceptions afin de ne pas avoir à rentrer le ventre vide après avoir échoué à : l’attente derrière le buffet / quand il ne reste plus que les morceaux de mouton trop rougis d’épices pour ne pas paraître suspects à tout estomac insuffisamment entraîné – le devient-on seulement un jour ?- / ou au jonglage assiette/verre/dialoguer/se nourrir.
Ainsi nous nous prenons souvent à rêver avec mon époux (oui cela est enfin officiel !), d’une invitation à une table dressée, d’un service à l’assiette, et d’une discussion attablée (rien que de l’écrire, j’en ai des étoiles dans les yeux) C’est ce que de notre côté nous tentons de faire dès que cela nous est possible. Et c’est l’avantage aussi de ce pays, où la main d’œuvre est si peu chère et aisée à trouver. Tous les expats ici ont dans leur carnet de contacts, moults traiteurs, serveurs et cuisiniers prêts à vous dérouler le tapis rouge pour une poignée de roupies
Et bien, notre Ambassadeur l’a fait. Pour sa première réception officielle en sa résidence, nous avons vu venir à nous des assiettes parfaitement assemblées et servies de même, nos verres s’emplir dans une même danse et avons pu savourer les échanges en même temps que nos plats.
Comme quoi, il suffit parfois d’une assiette pour rendre un Diplomate heureux 😉
