La Plume du Diplomate
Le quotidien

Chaussures vernies et mascara

Les premières fois tu te prépares bien en avance, tu passes des heures à checker la moindre couture sur ta robe, l’assemblage des chaussures pour aller avec. Tu tentes de respecter au mieux des dress-codes qui ne te ressemblent pas, que tu ne comprends parfois même pas. Tu apprends.

Alors les fois suivantes, tu te détends un peu. Tu passes moins de temps à stresser et à te préparer. Tu prends des habitudes, et tu notes que le dress-code ici, les gens le respectent sans pour autant trop se prendre la tête en apparence. Que les talons hauts obligatoires, en vrai, personne n’y fait gaffe (sauf le gazon qui te honnit lors de ta première sortie en talons quasi aiguilles)

Un soir, une heure à peine avant de partir, tu préfères coucher tes sentiments sur ton blog trop délaissé que de courir après ton mascara. Tu es fatiguée. Tu doutes. Tu le fais quand même. Tu stop ta prose 2 minutes pour aller enfiler une chemise en espérant ne pas crever de froid et tu mets de côté tes chaussures vernies plutôt que tes talons. Parce que ça ne vaut pas le coup de se péter une cheville parce que tu es trop fatiguée encore, pour tenir sur de petites échasses que personne ne remarquera de toutes façons.

Tu te souviens émue un peu, de cette soirée dans cette maison immense, remplie de gens tous plus beaux et bien habillés les uns que les autres et toi au milieu…avec tes baskets. Personne n’a rien vu, du moins n’en a jamais fait mention. Toi tu restes mortifiée mais aujourd’hui tu jongles… les chaussures vernies, c’est bien aussi les chaussures vernies tu te dis.

Je ne sais plus compter déjà, le nombre de « National Day » auxquels nous avons été conviés déjà. Et cela ne fait que 5 mois. 6 pour Laurent. Qui semblent déjà une éternité. Beaucoup de déjà. Combien de encore ?

J’essaye de faire de chaque jour une nouvelle aventure, que la vie nous soit douce. Que ce tourbillon d’obligations et de faux-semblants ne nous arrache pas totalement à ce que nous sommes réellement.

Je n’ai pas envie ce soir. De sortir. De sourire. D’être là tout simplement. Il ne s’agit pas de qui nous invite ou de l’évènement, peu importe. J’ai toujours plaisir à échanger avec des collègues, des gens nouveaux. Les invitations sont toujours agréables, les soirées plaisantes. Je voudrais juste une fois pouvoir dire stop. Et que Laurent se l’autorise aussi. Nous avons encore besoin de temps. Mais dire stop c’est dire je ne peux pas aujourd’hui. Les je ne veux pas se perdent, ne sont pas entendus, ne devraient pas exister semble-t-on nous dire.

Bref. Et je ne suis même pas maquillée.

Le plus drôle dans tous ces codes et protocoles ? L’un d’eux consiste à s’assurer pour chacune des ambassades qu’une personne au moins sera bien présente pour la représenter lorsqu’elles y sont invitées. Organisation de pointe ou egos, il n’est pas rare de voir aux mêmes soirées, 4 ou 5 personnes de la même ambassade, se plaignant de surcroît de ne pas savoir être partout et d’avoir trop d’invitations à gérer. Ou bien encore, de voir un ou une partenaire de diplomate, arborer le pins de son ambassade et n’être là qu’en représentation de son/sa propre partenaire diplomate. Un peu parce qu’ils/elles le veuillent bien, un peu parfois aussi à la demande de leur ambassadeur (que l’on soit bien clair sur ce point, si je viens c’est parce que cela ME fait plaisir – d’être présente, de représenter « mon » pays, de rencontrer des gens, de sourire,, de soutenir mon époux,… de manger aussi oui…bref, me fait plaisir à moi. M-O-I -)

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