Psy à mon comptoir
Alors que je peine à trouver ma légitimité et culpabilise de n’avoir pas de plan précis et encore moins de carrière, je réalise que moi si anxieuse, je me challenge une fois de plus, et que je le fais de bon cœur. Avec envie. Sans craintes. Mais avec angoisses (yeepeee ) et parfois paralysie.
Nous avons décidé de cette vie à deux. On a abandonné chacun, des habitudes, des constructions, des boulots et des rues qu’on connaissait par cœur et qu’on aimait. Ce n’est pas par dépit, par dégout, ou comme lors de ma première expatriation de la France vers la Belgique, pour des raisons de santé mentale (en partie)
Je n’attends rien de la vie, je ne crois pas qu’elle en attende beaucoup plus de moi à vrai dire. Je suis bien dans mes choix, dans mes baskets et je me suis toujours laissée porter par ce qui s’en venait. J’ai choisi chacun de mes boulots et de mes lieux de vie. En pleine conscience et avec joie (et d’appréhension aussi à chaque fois. Parce qu’on ne refait pas une anxieuse) Sans pour autant les chercher vraiment.
Deux ans après notre arrivée au Pakistan et dans cette vie de « Diplomat & Partner », je recommence une acclimatation. Différente. Forcément. Entre l’expérience passée et le changement de lieu, forcément oui, ça en fait des différences. Là où je m’étais quasi assignée à la maison à Islamabad, ici la rue m’attend et je trépigne de l’embrasser. Et en même temps je ne sais plus trop comment m’y prendre. Aussi parce qu’elle est nouvelle. Ça prend toujours un temps d’adaptation oui.
Pour beaucoup, le travail c’est ce qui les définit.
« Et toi, tu fais quoi dans la vie ? »
Si je suis complètement honnête aujourd’hui, ma réponse à moi est, rien. De là à dire que moi, je ne suis rien, je m’y refuse. Je peine cependant aujourd’hui à me définir à nouveau.
Alors oui, j’ai des embryons de projets, des passions, des idées… que je semble me complaire à dévaloriser. Je ne sais pas par où commencer, je ne sais pas gagner de l’argent, je ne sais pas à qui ou comment m’adresser.
Je ne suis plus entrepreneuse, j’ai tenté une fois, je me suis ramassée et j’ai plus que jamais peur de mal faire. Une fois de plus.
J’ai quelques bagages pro. Vendeuse, accueil, agent administratif, formatrice, et officier d’état civil (spécialisation funéraire si il faut détailler… mais l’état civil reste une matière connue dont j’ai usé les bancs plus que de raison)
Alors j’ai des hauts, et puis des bas. Je crois que chaque nouveau poste démarrera par un bas. Face à l’inconnu, je suis pétrifiée. Et bien qu’on en parle beaucoup, la condition de « partenaire suiveur » reste méconnue. Et parfois incomprise, même pour ceux qui la vivent.
Je suis là, dans un pays rêvé, dans des conditions quasi tout autant rêvées. Jouissant d’une liberté que je n’avais plus connue depuis des années (deux pour être exacte) et tout un monde s’offre à moi à nouveau. J’ai des opportunités de toutes parts, il suffit d’ouvrir la porte, les yeux et les bras. Et pourtant je suis là également, transie de doutes, flottant comme une boule de coton sur un liquide inconnu. Je dors plus que de raison, du moins je l’aimerais. Cela m’éviterait d’avoir à combattre les larmes qui veulent couler sans raison, ou parfois juste pour « trop de raisons justement ».
Mais je me force à rester éveillée, à occuper ce temps qui me terrasse. Il n’aura pas fallu plus de quelques jours pour que je me retrouve démunie, comme face à moi-même. C’est dans ces moments là oui, que le travail alors me définirait. En vérité il donnerait juste un élan à chaque journée, un but, une raison sans culpabilité d’arpenter la ville et d’y créer mes propres repères.
Si j’écris ce n’est pas pour me plaindre, ou me complaire. Ni me faire plaindre (erk)
C’est pour me souvenir.
Et pour témoigner de cette part là aussi. Oui elle existe, elle est bien réelle. Et elle est légitime. Quoi qu’on en dise, quoi que j’en pense sur le moment.
J’ai trop gardé les coups durs de ces deux dernières années. Ce n’est pas juste de dire que tout va bien, toujours (même si personne n’y croit jamais vraiment) Comme tout le monde, nous aussi on a droit à nos « up and down » (houhouhouuuuu)
Faire une liste à la Prévert comme ma mère elle dirait, quand je tente de pointer chacune des culpabilités qui m’habitent. Plutôt que de tourner en rond, j’écris. J’exprime. Je ponctue mes journées de mantra, « ça va d’aller ». Et je tente de gommer la liste au fur et à mesure des moments où je redresse l’échine.
Et c’est un fait, je me redresse. Petit à petit. J’apprends chaque jour à porter la fierté de chaque pas, y compris en cuisine (ceux qui savent, savent… Ceux qui ne savent pas peuvent se référer à la rubrique « en cuisine avec une épouse de diplomate » ) Je ne pleure plus ces jours (sauf à regarder mes cheveux qui eux aussi luttent pour s’acclimater à ce nouveau poste). Je reprends mes objectifs un à un, personnels aussi bien que communs.
La perspective d’emménager enfin dans notre appartement se profile, avec elle tout le stress d’une nouvelle organisation, de cartons à déplacer, redéplacer, ouvrir, trier. Et la joie aussi d’une nouvelle organisation, plus pérenne ; de cartons à redécouvrir, comme un matin de noël. Et du retour de LA machine à café aussi (Ô BONHEUR)
Les premiers contacts se nouent. D’autres se retrouvent (marrant comme on trouve plus d’anciennes connaissances expatriées ici plutôt que dans notre précédent poste)
Il y aura d’autres bas. Des moments de joies intenses aussi. C’est comme ça. Quel que soit le bout du monde où l’on sera. Parce que nous sommes humains. Peut-être que mes yoyos sont et seront plus intenses qu’auparavant, dans mes vies précédentes (quoiqu’après un burn-out, même si je suis sensible plus puissance 1000, je ne crois pas qu’aucun bas ne retouchera jamais le même fond. À moins d’y replonger à nouveau de fait)
