Thaïlande – mes premiers pas en cuisine
Ce n’est pas un secret, j’ai vécu 2 ans avec un cuisinier à domicile.
À première vue cela fait rêver.
Un peu moins quand il s’agit d’un cuisinier pakistanais apprenti. Heureusement plein de bonne volonté et friand d’apprentissages.
À seconde vue, cela fait toujours rêver. Surtout quand comme moi, l’on ne sait pas cuisiner.
Je n’en suis pas à dire que je n’ai jamais (su) cuisiner de ma vie. Cependant j’ai survécu sans savoir réellement faire cuire un steak, fait ma propre vinaigrette (J’aime la salade crue voyez-vous. Flemme ET crudivoracité à son paroxysme) ou mijoté quoique ce soit (la patience et moi, aheum. Doublée d’une fascinante facilité à oublier ce que j’étais en train de faire 5 minutes avant…c’est un coup à ce que « le mijoté » finisse en « oublié et tout cramé »)
Cuisiner pour moi a toujours été synonyme de survie plus que de plaisir. Mère célibataire sans le sou pendant près de 12 ans, le choix des aliments était également assez restreint, même si l’on n’a jamais manqué de rien (jamais de jambon sous vide chez moi. Quitte à en manger 4 tranches par mois, il venait de chez le charcutier, et nous le dégustions en le laissant fondre sur la langue avec mon fils. C’est je l’espère, une des madeleines qu’il gardera de son enfance) Le temps m’était toujours compté, chaque soir, jonglant entre le boulot, les devoirs, le bain, la maison, les moments (importants et primordiaux) de détente…la cuisine venait en toute fin je dois l’avouer. J’avais besoin de simplicité, de facilité et d’économique. Alors cuisiner oui, mais au plus simple siouplé.
Ce bref tableau de ma vie d’avant en cuisine posé, mes deux ans de cohabitation avec un cuisinier au point de ne pas savoir où trouver mes propres éléments de cuisine également, quid de ce nouveau poste ?
Au Pakistan, il était quasiment attendu de nous de prendre un cuisinier. La main d’œuvre locale est si peu chère, que l’on en ait besoin ou non au final, c’est une goutte d’eau pour nous, qui pourtant peut faire vivre une famille. C’est la moindre des choses en somme et la part de population vivant grâce à la présence des diplomates sur Islamabad est loin d’être négligeable. C’est un marché de l’emploi à part entière.
À Bangkok la situation est un peu différente. Aussi parce que le tourisme joue un rôle forcément nettement plus important sur le marché du travail ici qu’au Pakistan.
Je ne vais pas m’en plaindre. Plutôt remercier l’opportunité que j’ai eu de vivre cette expérience au Pakistan (ajouter à son CV : gestion de personnel, check) et embrasser la nouvelle autre (opportunité) qui s’offre à moi ici.
Avant de démarrer la vie de « Diplomate & Partner » avec Laurent, nous vivions chacun dans son chez soit. Et nous avons chacun eut des vies avant celle-ci. La vie à deux, on avait testé, avec d’autres. Et puis on avait arrêté. On était bien chacun chez soit. Lui avec un chat, moi avec un enfant (oui oh, et des chats aussi. Deux)
Boum ! La vie diplomatique, l’expat au Pakistan, nouveau boulot, nouvelle maison tout ça tout ça … et de nouveau une vie à deux. La maison était grande. Soyons honnêtes, ça aide. Et puis la cuisine, le ménage, le repassage, tous ces petits bidules qui te pourrissent une vie à deux en moins de…bah de deux justement. Tout ça était « géré » par le personnel de la maison.
Je n’ai donc jamais eu à cuisiner au quotidien, pour quelqu’un d’autre que moi (hormis mon fils dont l’estomac suit le cœur).
Et me voilà en Thaïlande. Face à une cuisine qui n’est pas la mienne, des supermarchés et étals de marchés remplis de produits inconnus. Et un mari qui rentre du boulot fourbu et affamé. Compatissant et toujours gourmand de nouvelles expériences gustatives, dès notre premier weekend il a donc réservé un cours de cuisine locale (avec visite du marché. Faites le c’est génial. Par contre faut se lever à 7h du matin. Un weekend. Oui ça fait mal aussi, un peu).
Voilà mes premiers pas en cuisine, et Thaï.
Ça va vite, très vite.
C’est en anglais.
C’est un samedi.
MATIN qui plus est.
Bref, je ne comprend pas tout, je patauge dans ma soupe et je souffre intérieurement en tentant de garder le sourire. Parce que oui, je m’amuse. Mais je galère aussi. Ça promet hein pour la suite, toute seule, dans ma cuisine… Mais je prend des notes internes, et je retiens mes essentiels : les piments qui piquent le moins ce sont les gros, la citronnelle ça ressemble à ça, ça s’écrase ou ça se coupe et c’est GRAVE BON, les feuilles de kaffir lime, en plus d’avoir une jolie forme, ça parfume pile comme j’aime les plats ; on mélange avec le dos de la grosse cuillère plate, ça accroche moins dans le plat, et si ça accroche, tu jettes de l’eau (ah ?), lalala…
Et de fait maintenant, dans « ma » cuisine (on n’avait pas encore emménagé, pour le moment c’est dans celle de la chambre d’hôtel dans laquelle on vit), j’ai des essentiels qui changent de mes « Beurre, œufs, gruyère à râpé, mayonnaise et crème fraîche » usuels.
Maintenant j’ai de la citronnelle, du kaffir lime, du gingembre, de la sauce soja, de poisson, d’huître. J’ai du lait de coco. Des fruits étranges ; poilus des fois, colorés toujours. Je prends plaisir à découvrir des aliments (avec un succès parfois mitigé tout de même… le konjac, vraiment ?…) et à tester des recettes. Moi qui ne faisais les courses qu’une fois par mois, je les fais maintenant tous les 2 jours (en même temps c’est plus simple à transporter 2 jours de courses plutôt qu’un mois, quand on est à pieds…)
Forte de cette nouvelle énergie et de toutes ces découvertes, je me suis lancée un soir dans la cuisson d’un truc. Je sais plus ce que c’était (j’écris en retard, jamais sur le vif, même si promis, je tente d’y travailler) Un truc qui fait de la fumée si ça cuit trop. Forcément ça a pas loupé. J’ai mal dosé un truc, paniqué un peu et…déclenché l’alarme incendie (insérez ici un petit smiley pétri de honte) Tout l’hôtel sait donc que je me teste à la cuisine, et le personnel bien que compatissant a beaucoup ri « Mais c’est la première fois que vous cuisinez ? » Elle voulait dire « ici ? » En soit mon « oui si on veut » répondait à sa question tout aussi bien, quel qu’en soit le sens. C’est aussi ce soir là que j’ai appris comment faire fonctionner cette foutue hotte aspirante. Si je me souviens bien, le plat n’était pas une réussite mais pas une catastrophe non plus. Si on exclus le fait que l’on peinait à le voir dans la fumée qui habitait dès lors l’appartement aheum.
